Congrès 2020

27 juin, en visioconférence

Vous nous avez confié il y a deux à Evian la responsabilité de gouverner la CMF, c’est un grand honneur pour tous les administrateurs et membres du bureau de la CMF, mais c’est également de lourdes responsabilités.

Si la première année de gouvernance est toujours une année de transition, notre deuxième année devait être celle de la co-construction d’un nouveau projet associatif à la CMF, et de la mise en place et du développement de nouveaux projets pour préparer l’avenir d’une confédération qui a plus de 160 ans d’histoire sur trois siècles.

Je voudrais commencer par remercier l’ensemble des administrateurs et membres du bureau pour leur participation active, leur réactivité, leur implication à la vie de la CMF. Chacun des membres du bureau a choisi et pris à bras le corps les dossiers, en toute autonomie, avec l’envie de servir l’intérêt général. J’ai donc la chance d’être bien entouré.

J’associe mes remerciements à toute l’équipe salariée de la CMF et en particulier aux cadres qui sont présents avec nous ce jour :

  • Philippe Latrive, directeur administratif et financier en charge de la coordination des services
  • Caroline Rainette, responsable de la communication
  • Carl Plessis, responsable de CMF Documentation
  • Danielle Grignon, responsable des activités pédagogiques et artistiques

Un certain nombre d’évènements extérieurs depuis l’année dernière ont pu freiner ces projets et cette ambition : la canicule de juin 2019, les grèves de novembre à février et évidement la crise du covid-19.

Tous ces évènements nous ont contraint de reporter des réunions de commissions, de bureau de CA, mais également des réunions sur le territoire dans le cadre du tour de France.

Mais depuis notre dernière AG la CMF a pris à cœur d’accompagner ses associations et fédérations dans ces mutations du XXIème siècle. Cela passe bien sûr par de grandes transformations à venir dans les missions de la CMF, que la CMF devienne une véritable tête de réseau, un véritable centre de ressources pour toutes ses structures adhérentes et fédératives. Nous devrons former et accompagner nos têtes de réseaux, nos présidents d’associations, nos directeurs et enseignants de nos écoles de musique.

Cela passe toujours par la construction, et même la co-construction avec tous les acteurs du réseau, du projet associatif pour la CMF.

Ce projet doit conserver son histoire, ses traditions, ses valeurs, même s’il elles sont parfois en contradiction avec l’évolution d’une société plus individualiste, capitalistique et consumériste.

Mais nous devons nous projeter sur les situations d’aujourd’hui et de demain, nous devons également définir les missions de chacun dans les différentes strates de la CMF.

Cela aura probablement pour conséquence de devoir changer radicalement notre logiciel de pensée, et mon premier vice-président ne manquera pas de développer ce sujet juste après moi pour que l’ensemble du réseau de la CMF soit également plus connu et reconnu.

Alors, coconstruisons ensemble ce présent et cet avenir, sur les bases de notre nouveau slogan de communication de la CMF, que nous partageons je le pense tous, « vivre la musique ensemble ».

Bonjour à toutes et à tous,

Je souhaitais ce matin aborder avec vous le sujet de nos partenariats et plus particulièrement de nos nouveaux partenariats. En effet, devant la raréfaction des aides publiques, et il faut bien l’avouer, le regard suspect que peut porter parfois le Ministère de la Culture sur les pratiques culturelles en amateur, il nous a semblé indispensable d’explorer d’autres voies, d’autres directions, afin de trouver tout simplement d’autres soutiens.

Le travail de lobbying que nous avons mené et que nous continuons de mener auprès notamment des parlementaires mais aussi des différentes institutions que sont les administrations nationales, a révélé combien, aujourd’hui encore, nos actions sont considérées en marge de l’action publique quand elles ne sont pas regardées avec condescendance.

Tout cela trouve son explication dans la conception de la politique culturelle de l’Etat au moment de la création du Ministère de la Culture en 1959 avec André Malraux à sa tête, à savoir : une conception très officielle, hiérarchisée, descendante et élitiste de « La » Culture. L’idée à l’époque fut de séparer la pédagogie et l’animation de l’art, avec la volonté de rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité. Ce choix marquera à jamais une rupture radicale avec les tenants de l’éducation populaire et posera le problème de la place des pratiques en amateur au sein du noble et nouveau Ministère de la Culture. Cette dernière devant se contenter de la jeunesse et des sports…

60 ans nous séparent de la création de ce Ministère de « la » culture – d’aucuns, dont je fais partie, auraient préféré d’ailleurs qu’il se nommât à l’époque Ministère « des » Cultures – qu’en est-il aujourd’hui de l’accompagnement, de la reconnaissance des pratiques en amateur ? Un seul exemple : suite à la pandémie que vient de connaître notre pays, bon nombre de nos structures se trouvent ou se trouveront dans les semaines à venir durement impactées par les conséquences de cette crise sanitaire, est-ce que des mesures exceptionnelles de soutien à notre secteur ont été annoncées par le Ministre de la Culture ? Une fois de plus nos écoles, nos orchestres ont le sentiment d’être un peu les oubliés des pouvoirs publics alors que ces structures associatives demeurent pourtant des acteurs indispensables de la vie culturelle, économique et sociale de nos territoires.

Bien que nous constituons un formidable tissu d’initiatives, d’expressions et d’expériences culturelles diverses, au plus près des personnes et des territoires, nous demeurons souvent imperceptibles ou marginalisés dans l’action publique.

Face à ce constat, deux alternatives :

  • Soit nous continuons d’espérer une prise de conscience des pouvoirs publics
  • Soit nous essayons de créer les conditions d’une prise de conscience

Vous l’aurez compris, nous avons opté pour la seconde solution.

Aussi, cela nous a amené à repenser notre politique partenariale. Nous souhaitons aujourd’hui nous rapprocher de nouveaux partenaires connus et reconnus, qui défendent nos valeurs et nos principes en lien avec l’Éducation populaire, l’Économie Sociale et Solidaire et les Droits culturels.

C’est ainsi qu’il y a près de deux ans, nous nous sommes rapprochés de la MGEN. Ce partenariat n’a nullement été un partenariat d’opportunité ou seulement d’intérêt pécuniaire (même si je dois reconnaître que l’aide financière de ce partenaire est loin d’être négligeable). En effet, avant de parler d’argent, nous nous sommes véritablement intéressés aux valeurs que nous défendions les uns et les autres et à la vision que nous avions de la Société. Nous nous sommes retrouvés sur beaucoup de points, et très vite, nous avons été guidés par une envie de construire ensemble des actions porteuses de sens permettant notamment de tisser ou de retisser des liens humains sur l’ensemble du territoire. Nous avons également souhaité que dans la mise en œuvre de nos actions communes soit favorisé l’engagement de nos adhérents respectifs dans un cadre collectif.

Une première convention a été signée le 7 décembre 2018, pour un an. Une nouvelle devrait être signée dans les tous prochains jours, mais cette fois-ci pour une durée de 3 ans. Cette nouvelle convention triennale va nous permettre de donner une meilleure lisibilité et visibilité à nos actions.

Pour mémoire, ce partenariat porte sur 3 axes :

  • la prévention des risques auditifs, ceux liés aux pathologies de la voix et bientôt en rapport avec les TMS (troubles musculo-squelettiques)
  • les actions de sensibilisation et de formation aux principes de l’ESS (Economie Sociale et Solidaire),
  • les actions de promotion et d’accès à la musique et à la culture en direction des publics qui en sont éloignés.

Concernant le volet prévention et en particulier les troubles musculo-squelettiques (TMS), un contact a été pris récemment avec Thierry GOUGAM, chirurgien orthopédiste et traumatologue, spécialiste de la prise en charge des pathologies des musiciens professionnels et amateurs. Guitariste classique de formation, il souhaite s’engager à nos côtés sur ce sujet.

Autour de Jean-Yves PAQUELET d’Audition solidarité pour la prévention des risques auditifs, que beaucoup d’entre vous connaissent, de Corinne LOIE, orthophoniste, chargée de mission pour la MGEN pour les troubles de la voix et de Thierry GOUGAM pour les TMS, nous avons l’ambition de créer un vrai pôle de prévention en direction de l’ensemble de nos adhérents.

Pour répondre aux deux autres objectifs de cette convention, à savoir la sensibilisation à l’ESS et la mise en œuvre d’actions visant des publics éloignés de la culture, nous avons essayé d’imaginer l’organisation d’une action qui soit de portée nationale, s’appuyant sur un événement national et réalisée sur l’ensemble du territoire. C’est comme cela qu’est née l’idée des « Concerts solidaires » en lien avec le mois de l’ESS. Pour une plus grande visibilité de cette action, nous avons souhaité nous rapprocher d’un deuxième partenaire connu et reconnu, le  Secours Populaire Français.

Nous pensons que cette action des “Concerts solidaires” peut être un moyen de mieux faire connaître le travail de nos sociétés musicales, le rôle social important qu’elles jouent au quotidien, de montrer quelles sont de vraies partenaires des collectivités dans la mise en œuvre de leurs politiques sociales et culturelles.

Le principe de ces concerts solidaires n’est pas innovant en soi bien évidemment. Cela fait des années que nous organisons des concerts de solidarité dans chacun de nos territoires au profit de telle ou telle association caritative. Nous vous encourageons d’ailleurs à continuer dans ce sens. Mais vous l’aurez compris, la démarche ici est différente et répond à plusieurs objectifs. Elle est avant tout la traduction d’une initiative portée par un réseau où chaque adhérent de la CMF est valorisé à travers une action commune et identifiée.

Comme vous le savez, nous avons donc souhaité lancer cette opération dans le cadre du mois de L’ESS. Pourquoi l’ESS me direz-vous, quel rapport avec nos sociétés musicales ? Tout simplement et on ne le sait pas forcement, parce que l’ESS constitue déjà le cadre dans lequel nos sociétés musicales évoluent chaque jour. En effet, les structures de l’ESS sont là pour imaginer une société qui ne soit pas basée que sur les profits et le tout marchand, mais où l’humain a toute sa place.

En structurant les territoires, en participant à la vie collective, en défendant la diversité culturelle, l’équité territoriale et la considération des populations, en remettant l’individu au cœur de l’activité, la CMF, donc nos ensembles musicaux, doivent être considérés, reconnus comme des acteurs majeurs de l’ESS.

A travers ce projet qui va, vous l’aurez compris, bien au-delà d’un concert caritatif, la CMF, grâce à vous tous, souhaite porter une ambition commune, celle de développer un humanisme concret, en rassemblant des personnes diverses et variées qui, dans un monde individualiste et de l’entre soi, ont décidé de faire société. Là est le rôle d’une tête de réseau comme la nôtre.

Le lancement de cette opération des concerts solidaires aura lieu à Paris, le 10 novembre prochain, dans la célèbre salle de Bobino, ceci grâce au concours du Secours Populaire. La formation invitée devrait être l’orchestre d’Harmonie des Gardiens de la Paix. Une première partie sera assurée par un ensemble de clarinettes et un combo de jazz issus de notre réseau.

Toujours dans le but de donner à cette action un caractère national et fédérateur, la CMF a passé commande auprès du compositeur Thierry Deleruyelle pour la réalisation d’une œuvre. Cette composition pour Orchestre d’harmonie ou pour  Chœur et Orchestre d’Harmonie (avec possibilité d’une réduction piano et chœur) pourrait devenir, en quelque sorte, “l’hymne” de ces concerts solidaires. Cette pièce sera proposée à l’ensemble des adhérents de la CMF souhaitant participer à cette opération au tarif exceptionnel de 35 € jusqu’à fin 2021.

Par rapport à ce que nous avions envisagé au départ, ces concerts solidaires débuteront certes chaque année au mois de novembre dans le cadre du mois de l’ESS mais pourront se poursuivre tout au long de l’année, jusqu’au lancement d’une nouvelle saison qui pourrait se dérouler en Province.

Nous savons l’importance des recettes de nos concerts dans l’équilibre budgétaire de nos différentes structures et que l’organisation d’un concert caritatif engendre quelques frais fixes. Rien ne vous empêche, si vous êtes dans une situation financière fragile, de prélever en toute transparence, la somme nécessaire pour couvrir ces dépenses et de reverser alors le reliquat à votre partenaire local du Secours Populaire.

En tous les cas, nous sommes convaincus que le fait de nous retrouver autour d’un projet commun avec ces deux acteurs majeurs de l’ESS et de la promotion de la solidarité et de ses valeurs contribuera, en dehors de toucher certainement de nouveaux publics, à une plus grande visibilité de nos actions et une véritable reconnaissance de ce que nous sommes.

Cependant la réussite ne sera au rendez-vous que si, collectivement, et là je m’adresse tout particulièrement à nos Présidents de Fédérations et aux membres de notre Conseil d’administration, nous réussissons à sensibiliser, à mobiliser autour de nous.

La CMF est une noble institution qui aujourd’hui encore n’a pas la reconnaissance qu’elle mérite. Le travail d’éducation populaire, de démocratisation culturelle, de consolidation sociale, de cohésion entre les générations, de mixité sociale que nous menons dans chacun de nos territoires n’est pas pris en compte. Nous demeurons, comme je vous l’ai indiqué tout à l’heure, invisibles ou marginalisés dans l’action publique. Ce n’est pas acceptable.

Cependant, il est de notre devoir d’élus de la CMF en responsabilité, que ce soit au niveau départemental, régional ou national, de ne pas en rester seulement au constat. Nous ne pourrons pas nous dispenser d’une vraie réflexion sur le rôle de la CMF en tant que tête de réseau. Nous sommes dans l’obligation de repenser sérieusement notre projet associatif pour nous adapter à une société en pleine mutation et parfois en perte de repères. Un travail est en train de se mener dans ce sens avec l’appui du DLA auquel nous avons fait appel.

Pour conclure, je ne doute pas que nous soyons tous animés d’une volonté commune de voir notre CMF se réinventer, s’interroger, innover, débattre, s’impliquer dans de nouveaux chantiers pour la défense des pratiques musicales en amateur et tout cela, dans l’intérêt général. Cependant, nous ne pourrons réussir les uns sans les autres. Nous devons développer plus fortement encore ce désir d’appartenance à un collectif, ne jamais cesser d’aiguiser notre esprit fédérateur.

Alors oui, la CMF c’est nous tous, et elle sera et ne sera que ce que nous souhaitons qu’elle devienne. Pour ma part, je crois en la richesse et en la force d’action de notre réseau. Il faut simplement que nous en prenions tous pleinement conscience.

Je vous remercie de votre attention.

Thierry Bourguignon
Premier Vice Président de la CMF