En 1974, à la demande du nouveau Président de la République, le chef de musique de la Garde Républicaine – Roger Boutry – propose une nouvelle harmonisation et orchestration de la Marseillaise. L’histoire a fait de ce chant de guerre révolutionnaire composé par Rouget de Lisle en 1792, un hymne national aux accents de liberté, qui accompagne aujourd’hui la plupart des manifestations officielles. Il n’existe pas de version unique de la Marseillaise, qui fut mise en musique dès le début sous des formes variées, avec ou sans chant. On peut citer notamment, la remarquable partition proposée par Hector Berlioz, une Marseillaise remise à l’honneur lors de la Révolution de 1830, après une interdiction sous l’Empire et la Restauration.

Valéry Giscard d’Estaing trouve qu’on la joue trop rapidement et qu’elle n’a pas un caractère solennel comme doit l’avoir un hymne national. A l’époque de sa composition, l’armée marchait d’un pas plus lent que de nos jours, puis au fil des années, l’habitude est venue d’exécuter la Marseillaise plus vite. Par cette réorchestration, il s’agit de rappeler que la Marseillaise est un hymne et non pas une marche. Cette nouvelle partition, la quinzième transformation connue de la Marseillaise en 1974 selon Roger Boutry, est un retour aux sources. Cette orchestration qui ne comporte aucun instrument à percussion (tambour, cymbales et grosse caisse), a été conçue d’après un fac-similé de la partition de 1792.

La Marseillaise perd ainsi le caractère martial de la version officielle de Pierre Dupont, qui était en usage jusqu’alors, pour retrouver la solennité de l’hymne. On remarque notamment un changement dès le début, où les premières notes – « Allons enfants… » – retrouvent l’aspect mélodique originel autour d’un intervalle de tierce. Roger Boutry précise que ce changement de note, plus doux à l’oreille, permet à la mélodie de mieux démarrer. Pour le reste l’ambiance devient plus majestueuse avec des accords généreux, quasi romantiques dans leur expression harmonique, mais aussi avec de nouveaux contre-chants qui viennent enrichir la mélodie. Créée le 11 novembre 1974, cette Marseillaise sera en usage jusqu’à l’élection de François Mitterrand, qui va préférer revenir à la version précédente, la partition de Pierre Dupont qui est toujours en vigueur de nos jours.