Congrès 2022 : du 28 avril au 1er mai à Saumur

Il y a quatre ans, à Evian, vous nous avez confié la responsabilité de gouverner la CMF, c’était un grand honneur pour tous les administrateurs et membres du bureau, mais c’était également – et surtout – de lourdes responsabilités. Si la première année de gouvernance est toujours une année de transition, la suite de notre mandat devait être celle de la co-construction d’un nouveau projet associatif pour la CMF, de la mise en place et du développement de nouvelles activités pour préparer l’avenir d’une confédération qui a plus de 160 ans d’histoire sur trois siècles.

Depuis le début du mandat, un certain nombre d’évènements extérieurs ont pu freiner ces projets et cette ambition : le mouvement des « gillets jaunes », la canicule de juin-juillet 2019, les grèves contre la réforme des retraites, enfin la crise du Covid-19, que nous subissons depuis plus de 2 ans et qui a mis, par intermittence, à l’arrêt partiel ou total l’activité de l’ensemble des adhérents de notre réseau CMF.

Tout ceci nous a contraint à annuler ou reporter, à plusieurs reprises, des réunions de commissions, de bureau, de CA, des réunions avec les territoires ; mais également les projets artistiques, pédagogiques et autres évènements du vivre ensemble si chers à nos adhérents et fédérations.

La CMF s’est malgré tout adaptée et a pris à cœur d’accompagner et de défendre au mieux ses associations et fédérations pendant cette période très difficile, notamment en tentant d’informer son réseau dans les plus brefs délais, et en poursuivant ses activités  pour se projeter dans les mutations du XXIème siècle.

Le bureau a continué de travailler avec acharnement sur les grandes orientations prises par la CMF, pour que cette dernière devienne une véritable tête de réseau, un important centre de ressource pour ses structures adhérentes et fédératives. Nous devons animer, former et accompagner nos fédérations, nos présidents d’associations, nos directeurs, chefs de musique et enseignants de nos structures musicales.

Cela passe par la construction, et même la co-construction avec tous les acteurs du réseau, d’un projet global pour la CMF, qui doit conserver son histoire, ses traditions, ses valeurs, ses forces, même s’il elles sont parfois en contradiction avec l’évolution d’une société plus individualiste, capitalistique et consumériste. Nous devons en effet nous projeter dans l’avenir pour définir les missions de chacun au sein des différentes strates de la CMF. Cela aura probablement pour conséquence de devoir changer radicalement notre logiciel de pensée, et mes vice-présidents, Thierry Bourguignon et Ludovic Laurent Testoris ne manqueront pas de développer ces sujets au travers d’un projet associatif et stratégique à mettre en œuvre, et de nouvelles orientations toujours en lien avec notre passion commune qu’est la musique, pour que l’ensemble du réseau de la CMF soit également plus connu et reconnu.

Cette période trouble a vu également vaciller la devise de la république « égalité, liberté, fraternité »,  valeurs essentielles qui unissent certes les Français, mais qui sont aussi les « valeurs piliers » du monde associatif et de notre belle Confédération Musicale de France depuis plus de 160 ans.

Alors, restons libres et égaux, soyons des citoyens, soyons solidaires, voyons l’avenir ensemble, vivons la musique ensemble…

Christophe Morizot
Président de la CMF

Après deux années compliquées qui nous ont contraints d’échanger par écrans interposés, c’est avec beaucoup de plaisir que nous nous retrouvons ce matin dans cette magnifique cité de Saumur pour notre 121ème Assemblée Générale.

Ce rendez-vous « institutionnel » est important car il permet bien sûr de rendre compte des activités de l’année écoulée et de valider les comptes, mais il offre également et surtout la possibilité de définir ensemble de nouvelles orientations stratégiques. Il demeure un moment d’échange sur les axes, sur les actions que nous souhaitons développer dans un futur plus ou moins proche.

Comme vous le savez, les élus de notre CA et de notre Bureau mènent depuis trois ans une réflexion sur la place et le rôle de la pratique d’ensemble en amateur au 21ème Siècle, dans une Société en pleine mutation. Ce travail nous a amené à redéfinir notre projet associatif afin de développer, dans un contexte de tensions économiques et sociales, on ne peut pas le nier, des actions culturelles, éducatives et solidaires qui apportent des réponses adaptées aux besoins causés par un creusement des inégalités, notamment en matière d’accès à l’éducation et de participation à la vie culturelle.

Une grande Fédération comme la nôtre ne peut rester sans voix, si j’ose dire, face à de tels enjeux sociétaux.

Au risque de me répéter, il est nécessaire et urgent de démontrer à nos différents partenaires, aux pouvoirs publics et notamment à nos collectivités territoriales, que la pratique d’ensemble en amateur que nous fédérons, que nous organisons, va bien au-delà de la pratique d’une simple activité musicale et culturelle. Qu’à travers nos projets, nos initiatives, nous avons cette capacité à imaginer un monde plus juste, plus respectueux, plus solidaire. Il en va, je crois, de la survie de nos structures.

En effet, depuis plusieurs années, nos collectivités territoriales n’ont eu de cesse de voir leur budget impacté par la hausse de l’endettement ou par la fluctuation des aides de l’Etat. Cela s’est traduit, et je crains que le phénomène ne s’amplifie, par des baisses de subventions, en particulier en direction du monde associatif.

Le 03 juin 1953 devant les députés, Pierre Mendès-France s’exprimait ainsi : « gouverner c’est choisir, si difficiles que soient les choix.» et d’ajouter : « choisir, cela ne veut pas dire forcément éliminer ceci ou cela, mais réduire ici et parfois augmenter ; en d’autres termes, fixer des rangs de priorité ».

Près de 70 ans après, les élus à quelque niveau que ce soit sont toujours contraints de faire des choix, de les justifier, tout en priorisant.

A nous donc de convaincre les élus, nos élus, que le travail mené au sein de nos associations musicales nous permet, à travers nos pratiques, de répondre à une commande politique autour de sujets tels que la consolidation sociale, la cohésion intergénérationnelle, la mixité sociale ou encore le vivre ensemble, pour ne citer qu’eux.

Il nous faut rappeler, encore et toujours, que nos associations musicales sont de vrais outils d’appropriation de l’art et de la citoyenneté, notamment en direction de la jeunesse.

Que ces missions à la fois éducatives, citoyennes et sociales que nous assurons, sont importantes, essentielles, et qu’elles doivent être reconnues et soutenues avec force !

Il nous faut absolument défendre le fait que nos associations, à travers nos sociétés musicales, nos écoles de musique sont des lieux d’éducation au sens large, porteuses d’une culture alternative émancipatrice, fidèles à ce courant de pensée qui fait partie de notre ADN : l’éducation populaire.

En effet, face à un monde globalisé et ses dérives inégalitaires, face à la complexité des situations, il est indispensable que chaque citoyen – et donc chaque musicien à travers sa pratique musicale et culturelle – développe toujours plus sa compréhension du monde, sa lecture critique, son pouvoir d’agir, son audace, pour participer activement à la transformation de notre société républicaine vers plus d’équité et d’humanité.

Aussi, en tant que dirigeants, encadrants, professeurs, animateurs, directeurs artistiques d’ensembles musicaux associatifs amateurs nous ne pouvons faire aujourd’hui l’économie d’une réflexion collective sur nos pratiques, sur nos orientations pédagogiques et artistiques, car notre responsabilité est grande dans la réussite de ce beau et indispensable projet d’émancipation pour nos « musiciens-citoyens ».

Je ne doute pas un seul instant que chacune et chacun de vous a conscience que la transformation structurelle à laquelle nous assistons ne touche pas seulement les secteurs de la technologie, de l’économie ou encore de l’écologie, mais qu’elle concerne également ceux de la culture et du socioculturel.

Fort de ce constat, comment la CMF, grande fédération nationale, pourrait demeurer sur le bord du chemin, spectatrice. Son rôle, son engagement doivent être importants dans cette période de transition profonde, il en va là encore de sa crédibilité.

En écho à tout cela et dans cette idée de conscientisation, notre réflexion nous a conduits à nous intéresser au concept de l’Economie Sociale et Solidaire (l’ESS). En y regardant de plus près, nous nous sommes vite aperçus que nos pratiques s’inscrivaient pleinement dans l’ESS et que nos actions culturelles, éducatives, solidaires étaient tout simplement porteuses d’une vraie transition culturelle. Que celles-ci proposaient d’autres perspectives, d’autres chemins pour aller vers une société qui ne soit pas basée uniquement sur les profits et le tout marchand, mais qui permet à chacun de s’épanouir, de progresser et de trouver sa place dans la Société.

Aujourd’hui, au sein de l’ESPER (l’économie sociale partenaire de l’école de la République), la CMF est amenée à réfléchir désormais, aux côtés d’autres grandes organisations de l’ESS, à la mise en œuvre d’actions porteuses de sens, permettant de tisser ou de retisser des liens humains sur l’ensemble du territoire. C’est de là qu’est née d’ailleurs l’idée des concerts solidaires avec la MGEN et le Secours Populaire. En effet, ce projet se veut avant tout la traduction d’une initiative portée par un réseau d’organisations nationales où chaque membre de chacune des structures concernées est valorisé à travers une action commune et identifiée.

Je sais que le temps nous est compté ce matin, mais je ne peux terminer mon propos sans évoquer la question des droits culturels tellement ce sujet me parait essentiel pour l’avenir de la CMF et la reconnaissance de la pratique musicale en amateur.

En effet, avec les droits culturels, nous pouvons enfin espérer sortir les fédérations « amateurs » de leurs statuts de sympathiques organisateurs de loisirs, sans grande valeur publique, il faut bien le dire ; il suffit pour cela de regarder les quelques faibles subsides de l’Etat qui leur sont alloués.

Bien que les droits culturels soient inscrits en France depuis 2015 dans la législation, à travers notamment l’article 103 de la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République), il faut bien admettre qu’ils demeurent encore aujourd’hui assez peu familiers aux élu.e.s et que leur prise en compte dans la conduite des politiques culturelles des collectivités territoriales et de l’Etat est assez relative.

Aussi, il est important de rappeler que les droits culturels puisent leur source dans la Déclaration Universelle des Droit de l’Homme de 1948 et que ces dispositions législatives s’appliquent en totale cohérence avec d’une part, la déclaration universelle de l’UNESCO de 2001 sur la diversité culturelle, et avec d’autre part, la convention internationale de 2005 pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Les droits culturels font partie des droits humains fondamentaux, ils en sont partie intégrante conformément au principe d’indivisibilité.

Chacun s’accorde à dire que la culture donne une valeur intrinsèque à une Société, qu’elle est un élément vital.

Cependant, nous ne pouvons que constater l’échec des politiques publiques en matière de démocratisation culturelle. Nous n’avons pas réussi à régler le problème de « l’accès à la culture  pour tous ». L’augmentation de budgets alloués aux différentes formes artistiques ou encore la création d’institutions ou de lieux culturels n’ont pas véritablement permis de favoriser « l’accès à la culture » aux classes populaires. Les études montrent que ce sont les publics déjà cultivés qui ont profité de cette offre supplémentaire.

Il nous faut donc changer de paradigme. Il nous faut rompre – même si nous assistons à quelques avancées ici ou là – avec cette vision qu’on a de « la » culture, depuis la création du Ministère avec André Malraux à sa tête, en 1959 : une vision très officielle, hiérarchisée et descendante.

Pour mémoire, l’idée à l’époque fut de séparer la pédagogie et l’animation de l’art, avec la volonté de « rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité ». Ce choix marquera à jamais une rupture radicale avec les tenants de l’éducation populaire et posera d’ailleurs le problème de la place de la pratique en amateur au sein du noble et nouveau Ministère de la Culture. Cette dernière devant se contenter de la jeunesse et des sports…

Fort de ce constat, il n’est donc plus possible aujourd’hui de restreindre la participation à la vie culturelle à un accès à la culture pour le plus grand nombre. La responsabilité publique, en matière culturelle, ne doit plus seulement se limiter à l’accès aux œuvres d’art ou au soutien aux disciplines artistiques, les droits culturels sont là pour nous emmener sur d’autres chemins, nous ouvrir la voie à de nouvelles perspectives.

Il est indispensable désormais pour les collectivités d’imaginer des projets culturels de territoire ambitieux, basés sur la co-construction, la coopération et la contribution, en plaçant le citoyen au cœur du processus.

Aussi, les droits culturels proposent une réflexion intéressante, un cadre de travail pertinent pour aller dans ce sens.

En effet, les droits culturels, c’est le droit, la liberté et la responsabilité pour chacun de participer à la vie culturelle sans discrimination. Le respect des droits culturels favorise à la fois la démocratie et la démocratie culturelle. De plus, avec les droits culturels, chaque personne est considérée comme porteuse d’une culture qu’il faut prendre en compte dans le respect et l’acceptation des différences. Ils impliquent une discussion des libertés dans le but de faire humanité ensemble. Quel beau programme, quelle belle ambition non ?

Vous l’aurez compris, les droits culturels recouvrent en fait un champ bien plus large que les questions de la liberté de création, des pratiques artistiques et de l’accès à la culture (ce qui au passage induit que les personnes seraient dépourvues de culture ou qu’il n’y aurait qu’une seule culture légitime, officielle…).

Certains voient dans les droits culturels une approche nouvelle de la démocratie culturelle, d’autres y retrouvent des principes issus de l’éducation populaire, d’autres encore y perçoivent la promotion de la diversité culturelle ou encore la défense de la paix et de la justice sociale présente dans l’économie solidaire… C’est sans doute un peu tout cela mais plus globalement encore, ne serait-ce pas  – à travers cette idée d’une culture partout, pour tous et entre tous – une réponse face à la discrimination, à l’obscurantisme, aux replis communautaristes et aux extrémismes qui mettent en danger nos démocraties ?

Une chose est certaine, la CMF, grande association nationale reconnue d’utilité publique, ne peut, face à de tels enjeux, demeurer absente de la réflexion, du débat.

Alors oui, soyons les fers de lance dans la défense d’une nouvelle vision de la culture à l’aune des droits culturels.

Soyons force de propositions pour une transition culturelle de l’action publique

Soyons actifs et innovants dans le développement de nos actions et la visibilité de notre réseau.

Soyons des musiciens, des encadrants, des bénévoles éclairés et engagés dans un projet culturel ambitieux pour « faire et refaire société ».

Enfin et tout simplement, soyons fiers d’appartenir à cette belle et grande institution qu’est la Confédération Musicale de France.

Je vous remercie de votre écoute.

Thierry Bourguignon

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