Maxime Lavoine

On connaît Camille Saint-Saëns pour les grands chefs d’œuvre qu’il a écrit, Le Carnaval des animaux, l’opéra Samson et Dalila ou encore La Danse Macabre. Camille Saint-Saëns fait partie de ces grands compositeurs français. Il est décédé le 16 décembre 1921, il y a 100 ans cette année.

Orient et Occident, composée en 1969 et qui a pour sous titre Marche, est la première des trois pièces pour orchestre d’harmonie écrite par Saint-Saëns. A 34 ans, Saint-Saëns est en pleine quête de notoriété (passage du Prix de Rome, Exposition Universelle, rencontres avec Liszt), il joue et compose beaucoup. Comme le titre l’indique, la pièce évoque à la fois des tons occidentaux et orientaux, à la façon d’un poème symphonique (Liszt, Rimski-Korsakov, etc.).

1ère partie : l’Occident : exposition du thème principal

Saint-Saëns développe tout d’abord ce qui est lié à l’Occident et à la musique occidentale, telle qu’il la connaît et telle qu’il l’a hérité :

  • un esprit clairement installé de marche :
    • la pulsation (116) ;
    • la mesure (à la blanche) ;
    • l’accompagnement (très homorythmique) ;
    • des percussions réduites (grosse caisse, cymbales, triangle) utilisées pour ponctuer le discours ;
  • l’utilisation d’accords assez « classiques » :
    • des septièmes de dominante (mesure 38 par exemple) ;
    • des septièmes diminuées (mesure 17) ;
    • une foule de cadences parfaites « à la Beethoven » ;
    • des pédales (pédale de tonique mesure 49 par exemple).
    • des modulations éloignées (mesure 25 : une tierce majeure sous la tonalité principale).

S’en suit un nouveau thème complètement différent, écrit dans un legato très émouvant et processionnel et dans une autre tonalité, à la sous-dominante de l’originale. On y trouve beaucoup plus de romantisme dans les accords utilisés et les modulations courtes et éloignées qui sont explorées. Cette partie se termine de façon suspensive par une note aigüe, tenue à l’unisson et annonçant la scission avec la partie suivante (mais dans le suspense…).

2e partie : l’Orient (mesure 134)

Cette partie est un hommage à la musique janissaire turque (ordre militaire très puissant constituant l’élite de l’infanterie de l’armée ottomane à l’époque de l’Empire). Saint-Saëns le rend à travers l’utilisation :

  • d’anches doubles (en doublure avec le saxophone) pour le thème principal ;
  • de percussions claquantes ;
  • de la gamme pentatonique (flûtes, mesure 146 ou clarinettes mesure 156) ;
  • de rythmes rapides (triples croches) et pointés.

Comme pour bien séparer les choses, Saint-Saëns utilise une tonalité complètement nouvelle, distante d’une tierce majeure par rapport à celle de départ. Un bel accord, encore une fois plein de suspense, permet de faire attendre la suite (mesure 183).

3e partie : le retour de l’Occident (mesure 184)

La dernière partie développe le 1er thème dans la forme on ne peut plus occidentale qu’est la fugue. Le même thème est donc développé et repris plusieurs fois, dans la tonalité originale, avec des nombreuses imitations, dans les différents registres.

A la mesure 255, on retrouve le « coup classique » des compositeurs, à savoir la superposition des 2 thèmes, « Orient » (parties aigues) et « Occident » (parties graves) qui sont joués en même temps par différents pupitres. Tout cela se confond avec une reprise nette des éléments de marche du début puis se termine dans un accelerando donnant sur un finale très beethovenien.