Propos recueillis par Caroline Rainette

15 avril 2021

Frédéric Oster est hautboïste, chef d’orchestre, et depuis mars 2014 directeur du Conservatoire à Rayonnement Intercommunal de Châteaubriant. Directeur musical de Nantes Philharmonie depuis presque 35 ans, il ne cesse d’explorer le répertoire des orchestres d’harmonie, en quête perpétuelle de nouvelles partitions, tant dans le domaine de la création originale que de celui des transcriptions adaptées à l’orchestre d’harmonie moderne. Il s’est fixé comme mission de promouvoir et présenter à un large public un répertoire attractif et renouvelé. Son action en faveur des orchestres à vent l’a conduit à accompagner durant plusieurs années les formations régionales se produisant lors du festival La Folle Journée de Nantes.

Racontez-nous votre parcours

J’ai commencé le piano à l’âge de 5 ans. A 7 ans je suis entré au Conservatoire de Nantes. Quelques années plus tard j’ai commencé le hautbois, puis au collège j’ai suivi la filière des classes à horaires aménagés puis la filière F11 eu Lycée (actuellement S2TMD) avec l’obtention du bac. Dans le même temps, différents prix en formation musicale, hautbois, musique de chambre, analyse, puis la découverte de l’écriture et je me suis très rapidement tourné vers la direction d’orchestre.

En 1987, à l’âge de 23 ans, j’ai pris la direction de Nantes Philharmonie. Parallèlement j’ai continué ma carrière professionnelle en tant qu’hautboïste (musique de chambre et orchestre) et en passant Diplômes d’Etat et Certificats d’Aptitudes. Je me suis rapidement intéressé à la direction d’école, me formant lors de stages et formations plus longues et depuis 8 ans je suis directeur du Conservatoire de Châteaubriant en Loire-Atlantique.

Parlez-nous de Nantes Philharmonie

Nantes Philharmonie est, comme beaucoup d’orchestres, intergénérationnel. Aujourd’hui toutes les classes d’âges sont représentées, alors qu’il y a une trentaine d’années nous avions les très jeunes et les anciens, et souvent moins d’actifs. L’évolution sociologique est également très intéressante : en 1903 le profil des musiciens était composé principalement d’ouvriers, alors qu’aujourd’hui nous avons une grande majorité de cadres, chefs d’entreprise, bac+5. Bien sûr cela s’explique par l’évolution de la société, mais aussi par l’image de la musique d’harmonie qui s’est transformée, une musique de prestige et de haut niveau.

S’agissant d’un orchestre amateur, le niveau des musiciens de l’orchestre est assurément plus disparate que dans une formation professionnelle, cependant nous exigeons un niveau de troisième cycle de conservatoire. Certains musiciens sont professionnels, mais bénévoles dans l’orchestre. Cela leur permet d’entretenir leur pratique, surtout quand les propositions professionnelles diminuent en raison des contraintes budgétaires… C’est aussi une manière de vérifier leurs acquis et de continuer à transmettre leur savoir au sein de l’orchestre auprès des autres musiciens.

Si le niveau des amateurs n’est pas celui des professionnels, si les projets sont différents, en revanche l’exigence est identique. En outre, dans les orchestres amateurs la vie associative est très riche. Nantes Philharmonie est un lieu de vie et d’échanges. Je n’ai pas beaucoup d’expérience dans la direction d’orchestres professionnels, mais j’ai eu la chance de faire une série de concerts il y a quelques années avec les Gardiens de la Paix, quand ils avaient une politique de chef invité : force est de constater que le résultat final est formidable, mais que l’ambiance est parfois un peu moins conviviale.

En trente ans, le format de nos concerts a beaucoup évolué, en raison des contraintes logistiques et budgétaires du Conservatoire de Nantes. Auparavant nos concerts duraient plus de 2h, avec entracte. Aujourd’hui ils durent 1h30 maximum, le samedi à 18h, sans entracte. Au final, ce format arrange plus de monde, aussi bien les jeunes que les moins jeunes, les musiciens que le public. Nous avons aussi repensé nos tarifs pour rajeunir la fréquentation. Il nous arrive aussi de faire des concerts plus courts pour le jeune public (maternelle, primaire), notamment pendant les fêtes de Noël. En 2021, nous avons travaillé la thématique Manga, et cette année ce sera Harry Potter. Ce sont des spectacles interactifs où les enfants peuvent réagir, avec la présence de comédiens amateurs ou professionnels.

Pour nous, la formation du public est devenue une priorité : faire découvrir des répertoires, des créations, amener les spectateurs vers différents styles musicaux, que ce soit du jazz, de la musique contemporaine ou folklorique. On assiste à un concert pour l’orchestre philharmonique, mais pas seulement.

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A ce jour la principale difficulté reste le modèle économique de l’orchestre qui ne permet pas d’avoir une politique de commande auprès de compositeurs. Notre trésorerie est très tendue et provient uniquement de la billetterie et des aides ponctuelles du département sur quelques projets. La subvention annuelle versée par la mairie de Nantes est redonnée intégralement en location de salles de répétition et de concerts. Historiquement l’orchestre d’harmonie souffre d’un problème d’image et de reconnaissance. Pour beaucoup, amateur signifie faible niveau, or Nantes Philharmonie est un orchestre de très haut niveau, reconnu à l’échelon européen et sans doute concurrentiel des formations professionnelles. Nous sommes donc d’une forme assez unique, de plus dans une grande ville et sans meilleure prise en compte de cette formation, nous pouvons craindre pour la pérennité de l’association.

Il y a trente ans, le président de l’orchestre et moi-même avions rendez-vous tous les ans avec l’adjoint à la culture. Plus tard ses rendez-vous se sont espacés, aujourd’hui notre seule interlocutrice est une secrétaire, qui filtre les dossiers… Nantes Philharmonie n’est pas une priorité pour le politique…

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Comment avez-vous vécu la période Covid, ainsi que la reprise ?

Six programmes de concert ont été annulés, 18 mois sans concerts. Fin mars 2020, nous devions donner un concert sur le thème « Paris-New-york aller-retour », en partenariat avec la section mode du lycée La Baugerie, près de Nantes. Les élèves devaient présenter leurs costumes lors d’un défilé, pendant que l’orchestre jouait, mais le projet n’a pu avoir lieu à cause du Covid. Quand nous avons pu reprendre les répétitions nous avons fait un petit événement pour les cent ans de l’école où nous avons joué dans la cour de l’école.

Comment avez-vous choisi le répertoire pour le congrès de la CMF ?

En réalité, l’idée du programme remonte à l’époque où j’étais assistant au Conservatoire de Nantes. J’encadrais le stage d’harmonie départemental, pour lequel l’ancien directeur avait entamé une politique de commandes auprès de grands compositeurs comme Serge Lancen et Ida Gotkovsky. Pour ma part il me semblait intéressant de valoriser des compositeurs du territoire et d’apporter un son nouveau à l’orchestre d’harmonie. Nous avons alors passé commande d’œuvres « locales », que j’ai créé pendant les stages.

Embarquez avec nos compositeurs régionaux, vous voyagerez beaucoup plus loin que prévu !

Fin des années 90-début 2000, la CMF Pays de la Loire a largement été soutenue financièrement et encouragée par le conseil régional, et a pu se lancer dans la commande de nouvelles œuvres à des compositeurs des Pays de la Loire. Des années plus tard, revenant dans la région, j’ai vu que de belles pièces avaient été commandées, qu’un riche patrimoine s’était constitué au fil du temps, avec des compositions modernes, des pièces de genre, des musiques de tradition populaire ou folkloriques. J’ai voulu en faire l’inventaire, j’ai réussi à en retrouver un certain nombre, difficilement, et j’ai alors imaginé ce projet des Rencontres ligériennes, d’abord joué à Nantes il y quelques semaines, en associant à nouveau la section mode du lycée, avec huit pièces aux univers complètement différents de compositeurs des Pays de la Loire. Pour le congrès à Saumur, nous allons reprendre quatre pièces :

  • « Diabolus in Musica » de Christian GUILLONEA – 2002 (85)
  • « Océan » de Matthieu CHAMPS – 2004 (72)
  • « Far West » de Sébastien RABILLER – 2006 (49)
  • « Nature » de Philippe MESLET – 2000 (44)
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Pour finir, avez-vous une anecdote à nous raconter lors de votre carrière, qui vous a marqué, ému ou amusé ?

En 2003, pour le centenaire de l’orchestre, nous avons décidé de programmer Carmina Burana avec un orchestre de quatre-vingts musiciens, deux pianos, un chœur de quarante enfants et deux-cent-cinquante choristes. Nous avons programmé trois concerts, à la Baule, Cholet et Nantes. Lors de l’impression des affiches, trois mois avant le début du concert à Nantes, il a fallu ajouter un bandeau « complet ». Les 2000 places étaient vendues ! C’est un beau souvenir, un grand moment musical et humain.

Nantes Philharmonie

Composé de 70 musiciens professionnels et amateurs de haut niveau, Nantes Philharmonie s’est vu décerner 8 prix internationaux qui confirment sa vocation d’excellence. A l’occasion de chacune de ses programmations, l’orchestre met un point d’honneur à varier les thèmes, à rechercher des œuvres inédites ou encore à inviter de jeunes compositeurs en devenir. Ravi de partager la scène avec d’autres musiciens, Nantes Philharmonie propose des rencontres musicales avec des solistes de renom ou encore des orchestres de divers horizons.

Nantes Philharmonie, habituée de la Folle Journée, a été le premier orchestre d’harmonie invité au prestigieux Festival de La Roque d’Anthéron en 2009. Afin de combler un public diversifié, l’orchestre présente chaque année une saison aux thèmes et styles variés, grâce à un vaste répertoire, tout en gardant le souci toujours renouvelé de diffuser la musique originale pour orchestre d’harmonie, mettant en valeur des œuvres de nouvelles générations de compositeurs.

Mais Nantes Philharmonie n’en néglige pas pour autant le grand répertoire, en interprétant, grâce à des transcriptions parfaitement adaptées et enrichissantes, les chefs-d’œuvre de la musique classique : pièces d’orgue de Bach, Danses Hongroises de Brahms, Tableaux d’une exposition de Moussorgski, Symphonie n°1 Titan de Mahler…

Partition des Danses bulgares – commande l’orchestre Nantes Philharmonie. Le jazz symphonique trouve aussi naturellement sa place, comme en témoignent les concerts Gershwin donnés avec le pianiste japonais réputé Makoto Ozone à Nantes et à La Roque d’Anthéron. N’hésitant pas à produire régulièrement un concert-spectacle qui intègre comédiens et chanteurs, l’orchestre se mue alors en interprète de musique légère, de comédies musicales, d’arrangements des plus célèbres musiques de films ou de dessins animés et de grands airs d’opéra.

Enfin, Nantes Philharmonie donne parfois carte blanche à des musiciens régionaux particulièrement créatifs qui conçoivent entièrement le programme d’un concert, comme Gerardo Jerez Le Cam en 2011 et Didier Squiban en 2013.

Tourné vers l’Europe, l’orchestre invite régulièrement des compositeurs contemporains, parmi lesquels Jan van der Roost, Johan de Meij et Franco Cesarini, venu en 2011 créer avec Nantes Philharmonie sa partition des Danses Bulgares n°2.

Des solistes renommés viennent aussi accompagner l’orchestre, comme Fabrice Millischer, Révélation des Victoires de la Musique 2011, et tout récemment Pascal Clarhaut, trompette solo à l’Opéra de Paris.

Nantes Philharmonie, orchestre où se mélangent harmonieusement les générations de musiciens professionnels et non-professionnels de haut niveau, a été régulièrement récompensé dans des concours nationaux et internationaux, gardant toujours comme maîtres-mots la qualité et la passion.

Voir le site de l’orchestre