Propos recueillis par Caroline Rainette

15 octobre 2022

Actuellement élève au Pôle Supérieur de Paris-Boulogne Billancourt en saxhorn alto, Lubin Cavanna a toujours été passionné par la musique. Musicien au Paris Brass Band et au Nomad Brass Quartet, il a récemment été admis à la musique de la Garde républicaine au poste de clairon. Il nous raconte son parcours et son expérience à l’European Youth Brass Band (EYBB).

Racontez-nous votre parcours

Je viens d’une famille de musiciens, et j’ai toujours baigné dans la musique. J’ai commencé la trompette à l’âge de 4 ans, dans une école de musique, puis au conservatoire de Colmar. J’ai ensuite travaillé le saxhorn alto, qui a été un véritable coup de cœur, j’aime beaucoup cet instrument, sa sonorité. Dans l’optique de devenir professionnel, j’ai abandonné la trompette pour le saxhorn alto, je me suis mis à l’euphonium et j’ai préparé un bac Technique de la Musique et de la Danse tout en étant au conservatoire de Metz. En 2020, j’ai intégré le Pôle Supérieur de musique de Paris-Boulogne Billancourt en saxhorn alto, classe spécialement créée pour moi car cela n’existe pas actuellement en France. C’est un peu particulier d’être tout seul, mais très peu de personnes jouent de cet instrument, on finit par s’habituer.

J’ai découvert le brass band au conservatoire de Colmar, qui invitait souvent de grands solistes, cela m’a beaucoup marqué. Et mon choix a aussi été dicté par mon instrument qui n’existe plus aujourd’hui en harmonie, et pas en symphonique (mis à part un morceau de Berlioz…).

Racontez-nous votre expérience à l’European Youth Brass Band du 23 avril au 1er mai 2022 à Birmingham ?

L’European Youth Brass Band est pour l’instant l’une des meilleures expériences de ma vie. Il s’agit d’une formation de brass band de jeunes, sélectionnés à travers toute l’Europe. Nous avons appris notre sélection seulement un mois avant la session, c’était une superbe surprise ! Une semaine avant, nous avons reçu les pièces à travailler.

Nous étions deux Français sélectionnés : Bastien Limbardet et moi-même. Sur les 36 participants, je connaissais peu de personnes. Les deux premiers jours étaient un peu étranges car nous étions tous intimidés, mais on apprend très vite à se connaître et le groupe a rapidement été très soudé. Le soir de notre arrivée, pour faire connaissance, nous avons eu une première répétition avec Chris King. C’était très intéressant car, alors que personne ne se connaissait, il y a immédiatement eu une écoute et un son d’ensemble, ce qui était très prometteur. Le lendemain, jour que tout le monde appréhendait un peu, nous avons passé des auditions pour déterminer les postes que nous allions occuper au niveau des voix dans le brass band. Finalement tout s’est passé sans stress, de manière sympathique. A l’issue de ces auditions, nous avions donc chacun notre poste pour les 10 jours suivants, sous la direction de Florent Didier.

Le début de la session a été très intense, car il fallait monter un programme de concert très rapidement, le premier étant programmé trois jours plus tard au conservatoire de Birmingham, avec le brass band du conservatoire Nous avons donc énormément travaillé sur les morceaux, par pupitres et par tuttis. Nous avons aussi eu la chance d’avoir des solistes et de personnalités du brass band invités, avec qui nous avons pu travailler et échanger, comme le cornettiste du Black Dyke, Richard Marshall.

Ensuite nous avons enchaîné les concerts, chaque jour, dont un avec un des plus grands brass anglais, le Foden’s Band. C’était très impressionnant de faire leur première partie, les écouter en seconde partie, puis de jouer avec eux deux morceaux simplement répétés avant. Nous avons également fait l’ouverture de l’European Brass Band, dans une petite salle avec tous les invités de la cérémonie officielle dont la moitié étaient des personnalités du brass band. C’était formidable de les voir, et de pouvoir échanger avec certains.

Les concerts font partie des choses les plus marquantes de cette expérience. Habituellement nous répétons pendant des mois, donc faire un travail aussi intense sur une courte période, pour donner des concerts les plus professionnels possible, c’est très enrichissant. La manière de penser la musique en fonction de la nationalité des musiciens est aussi un élément marquant. En France, nous travaillons beaucoup sur la justesse et l’écoute, alors que pour de nombreux musiciens ceci est naturel, même sans s’accorder cela sonne juste, tout le monde est dans l’écoute en permanence, il y a une vision et une compréhension du brass band qui est naturelle. J’ai été très impressionné par ça. Mais il faut dire que nous étions tous des musiciens de brass band, ce qui facilitait sans doute le fait d’être à l’unisson. Enfin, ce que je retiendrai avant tout, c’est l’apport musical de cette expérience, grâce au chef invité Florent Didier, qui a une philosophie totalement musicale en s’appuyant sur beaucoup de comparaisons avec les cordes, ce qui a pu surprendre les autres nationalités. Et bien sûr aussi le côté humain, avec autant de nationalités différentes.

J’ai énormément progressé pendant l’European Youth Brass Band. Beaucoup de musiciens ont des manières de jouer très différentes, ce qui est très inspirant, on peut emprunter des éléments de chacun et progresser. Dans mon pupitre nous étions six, ce qui est rare pour en alto où nous sommes trois habituellement, mais c’était très sympathique et cela permettait d’échanger.

Parlez-nous de votre expérience au Championnat National de Brass Band ?

J’ai participé deux fois au Championnat national de brass band, une fois avec Musicalis, et, en 2022 avec le Paris Brass Band. Ce championnat est un vrai moment de partage musical, il y a beaucoup d’échanges entre les brass le jour du championnat, car on se connaît tous via des masters class, des rassemblements… C’est un moment assez inoubliable car il demande beaucoup d’énergie et de préparation en amont, pour que le jour J ce ne soit plus que du plaisir ! Pour l’édition 2022, le Paris Brass Band avait commandé une œuvre à Thierry Deleruyelle, Crazy twenties, une pièce très festive, ce qui est rare en brass band. C’était très intéressant de travailler avec le compositeur, d’avoir sa vision de la pièce. Dans un premier temps, nous avons d’abord déchiffré la pièce avec le chef, Laurent Douvre. Puis Thierry Deleruyelle est venu nous écouter, il nous a donné quelques conseils et nous a décrit sa vision de chaque mouvement de sa pièce : des gens dans un bar qui boivent et se coupent la parole pour le mouvement “Bloody Mary”, des danses dans un club pour le mouvement “Charleston”, etc. Avoir les clés de la pièce, son histoire, permet de l’interpréter complètement différemment. Nous avons donc pu corriger en fonction de tous ces éléments, faire un travail plus précis.

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Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Je m’intéresse à la direction d’orchestre, et à l’enseignement, car la pratique amateur me tient vraiment à cœur : tout le monde a commencé par là, et ce sont de beaux souvenirs de partage et de plaisir, quel que soit le niveau musical. Mais pour l’instant j’espère surtout développer et faire connaître au mieux le saxhorn alto et tous les instruments du brass band. Le saxhorn alto est un instrument assez méconnu, inventé en France par Adolphe Sax dans les années 1840, utilisé à l’époque dans les harmonies et les musiques militaires, mais il a progressivement été abandonné et revient seulement depuis quelques années avec l’essor des brass bands en France. Un de mes principaux objectifs est donc d’essayer de le faire connaître un peu mieux grâce aux concerts, mais aussi par la musique de chambre au sein du Nomad Brass Quartet, un quatuor de type brass band. Cette formation (euphonium, saxhorn alto et deux cornets) est d’origine anglaise, très peu répandue en France, aussi le répertoire est anglais ou suisse, où cette formation est aussi très développée. Lors de nos concerts nous essayons de faire connaître les instruments en les présentant au public.

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