“ Quand je me suis présenté au Prix de Rome pour la première fois, j’ai dû le faire en quatre semaines au lieu de cinq, car je voulais aussi passer le concours de direction d’orchestre dont la date précédait de huit jours celle du Prix de Rome. Je travaillais donc à Fontainebleau l’ouverture de Ramuntcho de Gabriel Pierné (c’était le morceau imposé) en même temps que j’écrivais la cantate On ne badine pas avec l’amour ; j’espère que je n’y ai pas mis trop de Pierné ! (Pour m’exorciser, je faisais des gammes tous les matins !).

J’ai eu le Prix de direction d’orchestre, mais seulement le premier second Grand Prix de Rome. L’année suivante, par entrainement et par esprit de compétition, j’ai encore enlevé une semaine au temps de mise en loge ; j’avais fini, je suis parti : j’ai eu le Grand Prix.[1]

Rouger Boutry

Roger Boutry s’est éteint le 7 septembre dernier à l’âge de 87 ans. Chef d’orchestre réputé, pianiste, compositeur, arrangeur et enseignant, il a fortement contribué à l’ouverture et à l’enrichissement du répertoire pour orchestres d’harmonie.

Né à paris en 1932, il grandit dans un univers musical avec un père trombone solo de l’Orchestre National de France dont il est l’un des cofondateurs avec Désiré-Émile Inghelbrecht, et une mère pianiste et chanteuse.

Virtuose du piano, il est admis au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris à l’âge de 11 ans. Il obtient le Premier Prix dans huit matières : solfège, piano, harmonie, musique de chambre, accompagnement au piano, fugue et contrepoint, direction d’orchestre et composition.

En 1954, il remporte le Premier Grand Prix de Rome avec Rapsodie pour piano et seize instruments à vent et passe alors 3 ans en résidence à la célèbre Villa Médicis. Il débute ensuite une carrière internationale de pianiste, couronnée par un Prix au Concours Tchaïkovsky de Moscou en 1958.

Il se tourne également vers l’enseignement et intègre en 1962 le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris comme professeur d’harmonie. Grand pédagogue, il y forme des générations de musiciens et occupera cette fonction jusqu’en 1997 : « l’exigence, voilà le maître mot ! Le chef d’orchestre ne doit jamais faire de concessions à la facilité, d’abord envers lui-même, puis envers la pensée créatrice du compositeur et atteindre un sentiment de plénitude artistique. L’émotion musicale a ce prix ».

Parallèlement à son activité d’enseignant, il est nommé Chef de la Musique de la Garde Républicaine en 1973 et devient alors le premier chef militaire à avoir le grade de colonel. Il y restera jusqu’en 1997.

Membre du Comité d’Honneur de la Confédération Musicale de France, il lui a composé deux hymnes : l’hymne officiel et CMF 2000[2]. La CMF s’associe à la peine de sa famille et à celle des membres qui, au sein de la CMF, l’ont connu et apprécié pour ses qualités humaines et professionnelles.

 

 


[1] Journal de la CMF n°524, juin 2006, p.8-9. Lire l’entretien complet de Roger Boutry avec Guy Dangain

[2] Enregistrée en 2000 par l’Harmonie de la RATP aux Éditions Corélia. Voir l’analyse musicale du CD Roger Boutry, Évocations, par Francis Pieters, Journal de la CMF n° 534 février 2008 p. 41.