Par Winona Munoz, stagiaire à la Confédération Musicale de France

En ce temps de confinement, les relations entre les arts vivants et le numérique posent question. Parmi cela, la danse entretient depuis toujours un lien fort avec les nouvelles technologies et le numérique.

Des premières innovations techniques à l’avènement des réseaux sociaux, la danse a su se les approprier afin d’enrichir la création chorégraphique.

Le célèbre Merce Cunningham, chorégraphe américain post-moderniste (ou contemporain selon les points de vues) de la fin du XXème siècle, est l’un des pionniers dans l’utilisation du numérique dans son processus de composition. Connu pour avoir intégré le principe de hasard dans sa méthode de création, il participe en 1989 à la programmation de Life Forms, le premier logiciel permettant de formaliser informatiquement le mouvement. A l’origine conçu pour être utilisé comme outil complémentaire à la choréologie (système de notation du mouvement), Merce Cunningham se le réapproprie en 1999 pour son spectacle Biped, construit à partir des enchaînements de phrases dansées programmés par Life Forms. Le logiciel propose des possibilités inédites, mettant en évidence les limites physiques, esthétiques et sociales que s’impose inconsciemment l’esprit humain à son propre corps.

Cette démonstration de la possible utilisation du numérique dans le processus de création chorégraphique en inspira plus d’un. C’est notamment le cas dans le domaine des danses urbaines, symbole de l’hybridation des cultures et des arts, qui s’intéresse rapidement à ce que peuvent leur proposer les innovations numériques.

Plus récemment, on retrouve notamment ce mélange des genres dans le spectacle Pixel de Mourad Merzouki. Chorégraphe français de la compagnie Käfig inscrit dans les mouvements Hip-Hop et contemporains, ils s’associent en 2014 avec Adrien Mondot, chercheur en informatique, et Claire Bardainne, experte dans les arts numériques, afin de proposer aux spectateurs une expérience sensorielle nouvelle. Dans Pixel, le corps entre directement en interaction avec les installations numériques, créant un espace corporel inédit à explorer.

Depuis l’arrivée de la réalité virtuelle, cette technologie a voulu conquérir le domaine de la danse. Devenu accessible au grand public ces dernières années, nous avons vu arriver de nombreux spectacles de danse adaptés pour être regardé à travers un casque de VR. Présenté au Théâtre de Chaillot au début de l’année, le spectacle VR_I de Gilles Jobin propose aux spectateurs et spectatrices de s’immerger totalement dans l’oeuvre. Ils et elles peuvent ainsi se déplacer dans divers espaces tout en étant entourés des danseurs et danseuses et des autres spectateurs.

Bien que la création chorégraphique s’arme depuis peu de cette innovation, elle ne convainc malheureusement pas encore le domaine de l’enseignement de la danse, la trouvant contraignante pour les mouvements de la tête et des bras. Le début du confinement à vue accroître la présence de la danse sur Internet. En plus des cours faits en ligne depuis maintenant 2 mois, de nombreux projets collaboratifs voient le jour sur les réseaux sociaux. Parmi eux, le “cadavre exquis dansé”, inspiré du jeu littéraire, est très populaire. Le principe est simple : un ou une danseuse propose une phrase dansée, et chaque participant y ajoute sa contribution jusqu’à la création d’une chorégraphie collectif.

Une sélection de plusieurs “cadavres exquis dansés” réalisés par des amateur·es, des étudiant·es et des professionnel·les de la danse

Les étudiant·es de l’Atlantique Ballet Compagnie se réunissent le temps d’une vidéo

Les danseurs et danseuses de la région de Nantes proposent leur “Corps Exquis confiné-dansé”

Dirigés par leur professeur·e de danse contemporaine, les élèves du conservatoire de Plaisir en région parisienne créaient ensemble une composition collective